Les aimants à base de terres rares jouent un rôle clé dans la transition énergétique. Alors que la Chine en a acquis un quasi-monopole, une équipe de l’Institut Néel (CNRS) a mis au point un procédé pour les recycler. Née en 2020 de cette technologie, la société MagREEsource produit d’ores et déjà 50 tonnes d’aimants recyclés par an et une usine en construction en produira 1 000 tonnes en 2030. C’est toutefois toute une filière qu’il faut construire : récupération des aimants, recyclage, fabrication, vente à des prix compétitifs...

Exposé de Sophie Rivoirard


Après avoir consacré vingt-cinq années à la recherche sur la métallurgie des matériaux magnétiques au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), j’ai cofondé MagREEsource en 2020. Notre ambition est de porter une technologie de recyclage d’aimants inédite vers l’industrialisation, en accompagnant le montage d’une chaîne complète de fabrication, en France et en Europe.

Les terres rares, enjeu géopolitique majeur

Les matériaux critiques

Nous vivons actuellement une transition des énergies fossiles vers l’électrification. Toutefois, cette dernière nécessite aussi des matières et leur extraction. Pour ne fabriquer ne serait-ce qu’un téléphone portable, il faut une quarantaine d’éléments du tableau périodique, parmi lesquels 26 sont classés sur la liste des matériaux critiques. Ces derniers sont définis par un classement établi tous les quatre ans par la Commission européenne selon les critères de risques d’approvisionnement et d’importance économique. Pour certaines de ces matières, il n’y a actuellement aucune capacité de production ou de raffinage en Europe. Cela nous rend totalement dépendants d’autres pays. Une lecture attentive de cette matrice révèle la criticité, en Europe, des terres rares lourdes et légères qui entrent dans la composition des aimants permanents. Elles se trouvent d’ailleurs parmi les matières les plus critiques de cette matrice.

Or, nous sommes face à de nombreux enjeux. L’Accord de Paris sur le climat de 2015 s’est fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Il se décline en différents traités et actes délégués, comme le New European Green Deal ou, plus spécifiquement, le Fit for 55, qui implique la suppression de l’ensemble des moteurs thermiques à l’horizon 2035. En 2023, le European Critical Raw Materials Act, qui se traduit par des directives coercitives dans chacun des États membres, affirme l’ambition de parvenir, d’ici 2030, à ce que 10 % de l’extraction minière provienne du sol européen, que 40 % des étapes de travail de ces minerais soient réalisées en Europe, et que 25 % de ces matières proviennent de sources recyclées. Il vise également un plafond de 65 % d’approvisionnement auprès des pays en situation de monopole. Depuis 2024, la notion de “matériaux stratégiques” s’ajoute à celle de “matériaux critiques” pour désigner ceux essentiels à la défense des États. Ici encore, les aimants sont en haut de la liste en matière de risques d’approvisionnement.

En effet, le marché européen des aimants est estimé à 30 000 tonnes par an d’ici à 2025 et le marché mondial à 130 000 tonnes, avec une croissance annuelle de 9 %. Les domaines d’application des aimants sont divers. Ils étaient jusqu’ici utilisés dans un grand nombre de secteurs, en particulier pour des produits électriques domestiques tels que les disques durs, les actionneurs, ou encore les petits moteurs de machine à laver, de climatiseurs, de pompes, etc. Ils vont désormais être de plus en plus requis par la robotique, la défense, mais surtout par l’éolien et l’automobile électrique, qui devraient multiplier leur consommation par 5 d’ici à 2035.

Les aimants aux terres rares

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