Comment expliquer le succès du private equity (investissement dans des entreprises non cotées) ? Celui-ci est-il aussi suspect et dérégulé que certains le prétendent, ou seulement le symptôme d’un dysfonctionnement de la tuyauterie du système capitaliste contemporain ? À la tête du leader européen de ce secteur, Dominique Senequier souligne les qualités nécessaires au financement et à l’accompagnement des projets entrepreneuriaux de type LBO pour leur apporter un supplément d’ambition et de sécurité.


Exposé de Dominique Senequier

À l’issue de mes études à Polytechnique, j’ai commencé ma carrière au ministère de l’Économie, dans le corps des contrôleurs des assurances. En 1980, j’ai rejoint la compagnie d’assurance GAN où j’ai exercé différentes fonctions dans le domaine de la réassurance et dans celui du développement international, avant de devenir directrice générale de GAN Participations. En 1996, à la demande de Claude Bébéar, j’ai fondé un pôle de capital-investissement au sein d’AXA. En 2013, avec mon équipe, j’ai racheté AXA Private Equity, qui est alors devenue Ardian.

La part du private equity dans la capitalisation mondiale

En 2023, le PIB mondial s’élevait à 105 trilliards de dollars, montant identique, par pure coïncidence, à celui de la capitalisation mondiale. La part des États-Unis était de 27 trilliards de dollars pour le PIB et de 54 trilliards de dollars pour la capitalisation. La capitalisation du marché français ne représente que 3 trilliards de dollars, et ce dernier est essentiellement tiré par les grandes valeurs du luxe ainsi que par TotalEnergies et L’Oréal, ce qui le rend fragile. Il en va de même en Allemagne, dont le marché financier a été récemment divisé par deux, en raison des difficultés rencontrées par l’industrie automobile.

Le marché du private equity (ou “non coté”) est de 13 trilliards de dollars, quand le PIB de la zone euro est de 10 trilliards de dollars. À l’évidence, il ne s’agit plus d’un marché de niche, comme c’était le cas lorsque je me suis lancée dans ce métier, en 1987, puisqu’il représente 13 % de la capitalisation mondiale.

Aujourd’hui, tous les fonds de pension et fonds souverains exposent une partie de leur gestion d’actifs au non coté, avec l’espoir de dégager des rendements de 12 % à 20 %. La part du non coté peut cependant fortement varier d’une institution à l’autre, car elle dépend de la capacité de l’institution à investir sur cinq ou huit ans. Les fonds de pension américains investissent entre 10 % et 20 % de leurs actifs dans le private equity. Les fondations des universités de Yale ou de Harvard peuvent aller jusqu’à 40 % de leurs actifs.

Un marché sophistiqué

Le marché du private equity est devenu très sophistiqué, avec au moins quatre expertises. Il s’agit, tout d’abord, de la private debt, c’est-à-dire du prêt à des entreprises non cotées, dont les banques se sont détournées compte tenu des ratios de fonds propres que leur imposent les agences de règlementation pour ce type de produit. Il y a vingt ans, les banques finançaient 80 % des entreprises non cotées, tandis que 20 % étaient financées par le private equity. Aujourd’hui, cette proportion s’est inversée.

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