En 1988, Fabrice Lepotier crée une entreprise de chaudronnerie travaillant pour le nucléaire et le naval. Pour devenir fournisseur de rang 1 et apporter des solutions clés en main à ses clients, il acquiert ou crée des sociétés en ingénierie, en fabrication, en maintenance et services support. Il se développe en quadrillant tous les secteurs industriels de sa région, puis s’implante dans différents pôles industriels en France. La vente d’EPR à l’étranger l’ouvre à l’export. Retour sur l’aventure peu ordinaire du groupe Éfinor.

– Exposé de Fabrice Lepotier –

J’ai 55 ans et j’ai créé ma première société à l’âge de 22 ans, en 1988. Avec mon CAP de chaudronnier, j’avais trouvé du travail dès la sortie du lycée professionnel, à 18 ans. Quatre ans plus tard, après avoir effectué mon service militaire, j’ai décidé de m’établir à mon compte et de vendre des heures de travail à des établissements de chaudronnerie ou aux chantiers navals des environs. À l’époque, ceux-ci foisonnaient dans la région de Cherbourg, entre les deux centrales nucléaires en exploitation, l’usine de retraitement de combustible de La Hague, dont le chantier, en cours de réalisation, était l’un des plus importants au monde, et l’arsenal où se construisaient des sous-marins nucléaires.

Je n’avais que trois ans d’expérience, mais j’étais courageux. Quand je me suis présenté à la chambre de commerce pour m’informer des démarches administratives relatives à la création de mon entreprise, mon interlocuteur m’a dit : « Pourquoi vous lancer là-dedans ? Trouvez-vous une place dans une boîte de chaudronnerie, vous gagnerez bien votre vie. Ne créez surtout pas une entreprise, il y en a bien assez comme cela ! » Je lui ai répondu que je n’étais pas venu lui demander ce que je devais faire, mais comment je devais le faire.

La SARL Normandie Métallurgie

Je me suis donc lancé comme artisan et, assez rapidement, j’ai compris que je devais structurer ma petite entreprise et la transformer en SARL (société à responsabilité limitée). On m’a alors donné l’un des conseils les plus précieux de ma carrière : me faire accompagner par un cabinet d’expertise comptable reconnu. C’est ainsi que, dès le démarrage de mon activité, je me suis fait aider par KPMG. L’agence a détaché un stagiaire chargé de m’apprendre les rudiments de la comptabilité. Aujourd’hui, il dirige le bureau KPMG de Cherbourg et, lors de réunions publiques, je prends un malin plaisir à dire que c’est moi qui l’ai formé, tellement les cas de figure étaient variés à l’époque !

J’ai donné à ma SARL le nom de Normandie Métallurgie et, dès la première année, j’ai réalisé un chiffre d’affaires équivalant à 200 000 euros, avec une belle rentabilité. Ceci m’a permis d’embaucher peu à peu plusieurs salariés et de les former pour qu’ils se chargent de réaliser les travaux en atelier pendant que j’allais prospecter ou établir des devis. J’ai loué un bâtiment de 400 mètres carrés, dans lequel j’ai installé mon atelier de production, et acheté un petit lot de machines pour 80 000 francs, grâce à un prêt de la banque qui gérait mon compte personnel depuis quelques années.

En quatre ans, j’ai monté une équipe d’une dizaine de collaborateurs. Nous intervenions en sous-traitance pour des sociétés du grand chantier de La Hague et j’ai diversifié mes activités en obtenant des petits contrats auprès de quelques collectivités locales.

Premier rachat de société

Au bout de neuf ans, l’un de mes concurrents dans le domaine de la chaudronnerie est venu me trouver. Sa société, Sema, s’apprêtait à mettre la clé sous la porte, à la suite d’un redressement fiscal associé à un gros impayé de la part d’un sous-traitant des Chantiers de l’Atlantique. J’ai sollicité mon expert-comptable pour m’aider à constituer un dossier de reprise d’entreprise et j’ai pu la reprendre pour 1 franc symbolique. Le passif était de 1,8 million de francs, mais, heureusement, mon entreprise avait déjà accumulé de la trésorerie ; étant en permanence au four et au moulin, je n’avais pas le temps de dépenser de l’argent en loisirs ou vacances !

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