Alors professeur à l’ESSEC, Hervé Le Lous prend en main une filiale du groupe fondé par son père. Il la lance dans les compléments alimentaires et rencontre le succès avec Juvamine. Il reprend ensuite les Laboratoires URGO, conçoit des pansements innovants et devient leader du marché européen. Son groupe emploie aujourd’hui 3 500 personnes, réalise un chiffre d’affaires de près d’1 milliard d’euros et est dirigé par ses fils. Passionné d’enseignement, il a développé des méthodes pour manager, décider, gérer les relations et négocier...

Exposé d’Hervé Le Lous

Après mon baccalauréat, je suis entré en prépa au lycée Sainte-Geneviève à Versailles et j’ai mis trois ans au lieu de deux à intégrer l’École normale supérieure. Cette petite leçon d’humilité m’a été très utile pour la suite de ma carrière. J’ai également été frappé par la culture propre à cet établissement catholique. Bien qu’il n’y reste plus que 3 jésuites pour 400 élèves, leur présence a suffi à maintenir cette culture jusqu’à aujourd’hui. Cela me donne confiance dans la possibilité d’instaurer une culture durable au sein d’une entreprise.

Le choix de l’entrepreneuriat

À Normale sup’, j’ai vite compris que je ne ferais pas un bon chercheur, car j’aimais trop l’action. J’ai également été sidéré par le décalage entre la qualité de notre recherche académique et ses faibles retombées dans l’économie française. Par exemple, en dépit du rôle majeur du prix Nobel de physique Alfred Kastler et de Jean Brossel dans la mise au point du pompage optique, qui a préparé l’invention du laser, l’industrie française du laser ne se situe pas dans les premiers rangs mondiaux. Cela m’a donné l’idée, plus tard, de m’appuyer sur des briques de technologies disponibles dans les laboratoires pour essayer d’en faire des produits exploitables, avec aussi peu de seuils à franchir que possible.

Sur ce, je suis parti pendant trois ans étudier à Stanford, accompagné de ma femme Florence, qui étudiait la psychologie comportementale et cognitive pendant que je me lançais dans un doctorat en analyse de la décision. Nous avons découvert que nos deux disciplines avaient un tronc commun, la question de la liberté et de la responsabilité individuelle.

Entre 1978 et 1985, j’ai enseigné la négociation à l’ESSEC (École supérieure des sciences économiques et commerciales) en binôme avec mon épouse. En parallèle, je commençais à m’impliquer dans la SED, filiale du groupe Fournier, dirigé par mon père, qui vendait du maquillage en grande surface. Poussé par mes étudiants – « Si vous croyez à ce que vous enseignez, pourquoi ne le faites-vous pas au lieu de l’enseigner ? » – et pressentant le potentiel de cette entreprise, j’en ai fait l’acquisition en 1987.

Pendant mon séjour aux États-Unis, j’avais observé avec curiosité, dans les hypermarchés, des linéaires consacrés aux compléments alimentaires vitaminés. Persuadé que tout ce qui se développe là-bas finit par arriver en Europe, j’ai vendu l’activité maquillage de la SED pour renforcer la parapharmacie en GMS (grande et moyenne surface), d’abord en lançant la marque de compléments alimentaires Juvamine, puis en rachetant la marque Mercurochrome.

Le succès de Juvamine et le rachat de Mercurochrome

Dès la première année, les produits Juvamine se sont bien vendus, mais il m’a fallu trois ans pour parvenir à l’équilibre et dix ans pour retrouver l’équivalent de ma rémunération horaire d’enseignant.

Vous ne pouvez pas lire la suite de cet article