Avec un rythme effréné pour une équipe de seulement trois personnes, Kima Ventures, “business angel le plus actif au monde”, affiche des performances remarquables : un taux de rentabilité interne au-dessus de la norme du marché, des sorties représentant deux à trois fois la mise et de très belles réussites (Capitaine Train, Zenly…). Son modèle s’appuie sur une vision claire de l’entrepreneuriat, un processus très précis, un apprentissage permanent et la croyance dans un cercle vertueux entre performance, réputation et attractivité.

Exposé de Jean de La Rochebrochard

Faire émerger des startups capables de révolutionner leur marché et de s’imposer face à des géants installés, accompagner les entrepreneurs qui marqueront leur temps, telle est l’ambition de Kima, le fonds d’investissement de Xavier Niel, créateur du groupe Iliad, de Free, de l’école 42, ou encore du campus parisien de startups Station F.

Faire grandir l’entrepreneuriat francophone

L’intérêt de Xavier Niel pour les startups remonte à la fin des années 2000, époque où Google, encore tout petit, avait décidé de s’implanter en France. Pour devenir le moteur de recherche de Free, Google lui avait proposé de convertir en actions l’investissement afférent, équivalant à une dizaine de millions de dollars. Xavier Niel avait poliment refusé, mais ce souvenir ne l’a plus quitté. Il ne laisserait pas passer le prochain Google en France. Ce milliardaire self-made-man a toujours désiré financer l’entrepreneuriat de son pays. Il s’y est véritablement lancé en 2010, lorsque mon prédécesseur, Jérémie Berrebi, lui a fait part de son souhait de créer un fonds de 10 millions d’euros qui investirait dans une centaine de startups sur un horizon de douze à dix-huit mois. La fortune de Xavier Niel lui a permis de passer à l’acte. Kima Ventures est né.

Rapidement, deux difficultés se sont présentées : l’écosystème francophone manquait de startups à financer et leur qualité n’atteignait pas les rendements attendus. Kima a alors décidé d’investir partout dans le monde. À l’époque, sur 100 entreprises financées chaque année, 30 étaient francophones, et les autres étaient pour moitié basées aux États-Unis. Les trois quarts des rendements réalisés entre 2010 et 2015 provenaient d’entreprises américaines.

À partir de 2015, la qualité des startups francophones, installées en France ou à l’étranger, s’est nettement améliorée. Nous avons décidé qu’elles constitueraient 60 % à 70 % de notre portefeuille. Depuis l’été 2018, nous nous concentrons exclusivement sur elles. L’entrepreneuriat français a atteint un stade de maturité suffisant, offrant de bons rendements.

J’ai rejoint Kima en septembre 2015, après avoir passé deux ans chez l’accélérateur de startups The Family. J’étais auparavant de l’autre côté de la barrière, puisque j’accompagnais des entrepreneurs dans leurs opérations de levée de fonds. C’était un métier hautement rémunérateur – un bon leveur de fonds réalise 2 à 3 millions d’euros de commissions par an –, mais pétri d’ambiguïtés, car, après six mois passés aux côtés d’un entrepreneur, vous le connaissez si bien, dans ses moindres défauts, que l’honnêteté vous pousserait à déconseiller tout investisseur de le suivre…

En 2013, j’ai décidé de passer du côté des vendeurs à celui des acheteurs. Kima recrutait alors deux analystes. Le poste me paraissait idéal, mais hors de portée : je n’étais pas installé dans le monde des startups, ne connaissais pas Xavier Niel… Index Ventures, que j’avais fait investir dans Capitaine Train – revendu quelques années plus tard à Trainline pour plus de 200 millions d’euros – m’a présenté The Family. Dans ce cadre, j’ai accompagné le dernier tour de financement de Capitaine Train. C’est à cette occasion que j’ai eu mes premiers contacts avec Xavier Niel, via un e-mail lui recommandant cet investissement. Jérémie Berrebi s’apprêtait justement à quitter la direction de Kima. Après quelques échanges virtuels, j’ai rencontré Xavier Niel en mars 2015. Quinze jours plus tard, il me proposait de rejoindre l’équipe. Ce n’est qu’en mars 2016 que je l’ai croisé pour la deuxième fois. C’est dire l’autonomie qu’il laisse à Kima.

Une stratégie du pari

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