Comment une kermesse de campagne a-t-elle pu devenir un des principaux festivals de France ? C’est toute la particularité des Vieilles Charrues que de s’être appuyé sur la région du Centre Bretagne, traditionnellement délaissée par les événements culturels, pour construire une manifestation d’envergure. Fier de son identité et de son indépendance vis-à-vis des financements publics, le festival a développé un modèle économique atypique et une organisation reposant presque entièrement sur le tissu associatif local.

Exposé de Loïc Royant

Le festival des Vieilles Charrues se caractérise avant tout par sa localisation inhabituelle, à Carhaix (8 200 habitants), loin des grandes villes qui accueillent traditionnellement de telles manifestations musicales. Carhaix se trouve au cœur de la Bretagne, à la limite du Finistère, des Côtes-d’Armor et du Morbihan. Lorsque les Vieilles Charrues ont été créées, il n’existait ni fête ni festival en Centre Bretagne hormis les traditionnels fest-noz. Toutes les animations étaient organisées sur le littoral breton. Choisir Carhaix était donc une façon d’affirmer la place du Centre Bretagne. De fait, le festival revêt un caractère identitaire régional très marqué.

Le destin atypique d’une fête de campagne

C’est sous la forme d’une kermesse que le festival a vu le jour, en 1992, proposant des concerts de groupes locaux et autres courses de charrues. Pour fêter la fin de leurs études, des étudiants avaient organisé une fête dans un champ près de Carhaix, baptisée “festival des Vieilles Charrues” en pied de nez au festival des Vieux Gréements qui se tenait la même année à Brest.

Petit à petit, le festival a pris de l’ampleur. En 1995, il s’est installé sur la place du marché de Carhaix où l’on a pu voir se produire des artistes aussi renommés que James Brown, Frank Black, The Simple Minds, The Blues Brothers, Claude Nougaro ou Maxime Le Forestier. Le site est rapidement devenu trop étroit pour accueillir cette fête qui prenait déjà des allures de petit festival. Depuis 1998, le festival se déroule sur un site proche de Carhaix, à Kerampuilh.

En 2001, le festival des Vieilles Charrues est devenu l’un des plus grands en Europe. Grâce à une affiche très attractive, il a dépassé 200 000 festivaliers en trois jours. Sa réputation a commencé à grandir. Depuis 2008, il est le premier festival en France et le troisième en Europe (après ceux de Glastonbury en Angleterre et de Sziget en Hongrie), avec 215 000 festivaliers reçus en quatre jours.

Il compte quatre scènes, et bientôt cinq. Le site couvre aujourd’hui 8 hectares, auxquels s’ajoutent 30 hectares de camping gratuit et 60 hectares de parking, également gratuit. Cette précision est importante : d’autres festivals, dans le Nord de la France notamment, font payer tous ces services annexes.

Les ingrédients d’un festival pas comme les autres

Le festival des Vieilles Charrues est atypique à plusieurs égards : sa localisation rurale bien sûr, mais aussi son fonctionnement largement bénévole et son modèle économique lui permettant d’être presque autofinancé.

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