Chaque année, pendant trois semaines, le Tour de France déplace environ 4 000 personnes et 2 000 véhicules par jour. Jean-Louis Pagès a supervisé la logistique de cet événement pendant plus de trente ans et a relevé nombre de défis. De l’étude minutieuse, mètre par mètre, des 3 500 kilomètres du circuit à l’installation des infrastructures de départ et d’arrivée pendant le Tour, en passant par les relations avec les autorités locales, il fut la cheville ouvrière d’un événement sportif et médiatique mondial hors norme.
Exposé de Jean-Louis Pagès
Après avoir exercé comme professeur d’histoire-géographie, j’ai participé pour la première fois au Tour de France en 1984, en tant que saisonnier, sous la direction de Jacques Goddet et de Félix Lévitan, qui avaient relancé cette course après la seconde guerre mondiale. Je ne connais rien au vélo et n’en ai même jamais fait, mais j’avais beaucoup de curiosité pour cet événement. Ma fonction consistait, très modestement, à orienter et à faire garer les véhicules sur les parkings. J’ai repris du service l’année suivante, puis, après avoir démissionné de l’Éducation nationale, j’ai été embauché dans l’équipe organisatrice. Assez rapidement, j’ai pris de plus en plus de responsabilités dans la gestion de la logistique.
La transformation de l’organisation
En 1989, en compagnie de Jean-Pierre Carenso, Jean-Marie Leblanc a pris la direction du Tour et l’a complètement transformé. À cette époque, les bureaux de la Société du Tour de France se trouvaient rue du Faubourg-Montmartre, dans l’immeuble historique du journal L’Équipe. Nous avons ensuite déménagé à Issy-les-Moulineaux et, aujourd’hui, le siège d’ASO (Amaury Sport Organisation), filiale du groupe Amaury qui détient la Société, se trouve à Boulogne-Billancourt. J’ai pris ma retraite en 2018.
Dans les années 1980, la Société du Tour de France ne comptait qu’une vingtaine de salariés et j’étais l’un des deux commissaires généraux de l’époque. Au fil des ans, les missions du commissaire général puis du directeur des sites que je devins se sont largement parcellisées : un commissaire général pour les départs, un pour les parcours, un pour les arrivées, un pour les “animations départ”, un pour les “animations arrivée”, etc.
Par ailleurs, les nombreux salariés d’ASO (environ 250) gèrent non seulement le Tour de France, mais d’autres compétitions cyclistes comme Liège-Bastogne-Liège, Paris-Roubaix, Paris-Nice, ainsi que le Rallye Dakar, le Marathon de Paris, le Roc d’Azur ou l’Open de France.
De nombreuses améliorations et nouveautés ont vu le jour au fil des éditions. En 1988, par exemple, Jean-François Naquet-Radiguet, directeur du Tour de France à l’époque, a inventé le concept de “village de départ”, destiné à permettre aux personnes accréditées de venir à la rencontre des coureurs. Nous avons tenté de le mettre en place, pour la première fois, à Pornichet, lors du “prélude”, un jour où soufflait un vent à décorner les bœufs, mission qui s’est avérée être impossible sauf à présenter un unique auvent maintenu aux quatre coins afin qu’il ne soit pas emporté par les fortes bourrasques. Par la suite, victime de son succès, ce concept a pris beaucoup plus d’ampleur. Aujourd’hui, après n’avoir été composé que d’une dizaine de pavillons en bois, il accueille une quarantaine de pavillons répartis sur 5 000 mètres carrés où circulent 1 500 invités. Les opérations de départ couvrent une surface comprise entre 3 et 4 hectares, celles de l’arrivée, entre 5 et 7 hectares, en fonction des sites.
Chacun des directeurs successifs est arrivé avec de nouvelles idées, de nouvelles envies et de nouveaux défis. Plus ils étaient compliqués à réaliser, plus j’y prenais de plaisir. Organiser une arrivée à Pau ou à Angers est relativement aisé. En revanche, ça devient plus délicat lorsqu’il s’agit de trouver un site adéquat au sommet du Granon en 1986, ou au col de l’Aubisque, comme l’a souhaité Christian Prudhomme en 2007, ou encore de planifier l’ascension de la Planche des Belles Filles ou du mont Ventoux la veille de l’arrivée à Paris, pour « rapprocher la montagne de la capitale », selon son expression.
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