Longtemps, il y avait eu la crise de 1929… La Big one, le parangon, la mère de toutes les crises, presqu’un prototype, hantise spectrale de notre mémoire collective. Puis est arrivée 2008, la crise des subprimes, puis celle du Covid-19, puis celle de l’invasion de l’Ukraine, puis celle du détroit d’Ormuz… La notion de crise globale semble avoir perdu son caractère d’exception, être devenue une nouvelle normalité.
Les crises peuvent survenir à une échelle plus localisée : celle d’une entreprise ou d’une organisation, celle d’un territoire ou d’une municipalité. C’est un cyclone qui s’abat sur une île dont il produit l’effondrement, c’est un opérateur de transport public qui doit achever un chantier d’envergure avant un événement majeur, comme les JO de 2004, c’est une entreprise industrielle confrontée à un déficit abyssal ou une autre dont les activités ont subi quatre crises conjoncturelles majeures en seize ans. Ce sont, enfin, des municipalités qui sont confrontées à des problèmes chroniques variés.
Les organisations font face à des crises diverses, d’ampleurs variées, relatives à leur contexte externe ou à leur situation propre, progressives ou brutales. Derrière cette variété, ces crises dessinent toutes l’exigence d’une bascule vers un régime différent. Les anciens repères comme les anciens réflexes ne sont plus opératoires, les processus sont contournés. Les boussoles ne sont plus les mêmes : à la vision de long terme et à la stratégie se substituent la trésorerie et le droit, au pilotage par les coûts est préféré un pilotage par le planning. Sortir de la crise implique de considérer d’autres indicateurs et d’autres leviers.
Une crise, c’est mille et un détails qu’il s’agit de traiter dans un contexte de rareté des ressources et d’urgence. Sa gestion passe par une organisation ad hoc, qui se superpose, voire se substitue provisoirement à l’organisation de régime permanent. Plus encore, elle la transcende : l’organisation devient agile, organique, elle provoque un engagement remarquable, une solidarité exceptionnelle, elle révèle et mobilise des ressources insoupçonnées, elle catalyse le changement…
Tirer parti du pouvoir prodigieux des crises semble pourtant conditionné à la violence de leur réalité. Pour Mayotte, l’urgence, l’immédiateté et la visibilité des effets ont produit des miracles. Le plus souvent, faire accepter l’idée même de crise est le premier des enjeux. Même lorsqu’il s’agit d’une crise existentielle pour l’humanité.
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